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La Turquie joue la carte énergétique dans ses négociations d’adhésion avec Bruxelles août 21, 2007

Posted by starbucker in Energie, Turquie, UE.
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Le transit d’hydrocarbures par la Turquie place Ankara au coeur d’enjeux énergétiques avec l’Union européenne, qui pourrait ainsi réduire sa dépendance vis-à-vis du géant russe. Mais Moscou constitue un rival à ne pas négliger et pourrait perturber le jeu de la Turquie.

A l’heure où elle choisit son président, la Turquie entend profiter de sa situation géographique pour tirer son épingle du jeu énergétique qui a pour objectif l’approvisionnement de l’Europe. De l’acheminement des hydrocarbures d’Asie centrale à ceux du Proche et Moyen-Orient, Ankara dispose, en effet, d’atouts considérables. Mais le géant russe constitue un partenaire à ne pas négliger et pourrait perturber le jeu de la Turquie.

Disposant déjà d’oléoducs et de gazoducs traversant son territoire, la Turquie est tentée de profiter de cet état de fait pour peser dans ses négociations d’adhésion avec l’Union européenne (UE). Ce que confirme Salomé Zourabichvili, ancienne ministre des Affaires étrangères de Géorgie. « La Turquie réoriente aujourd’hui sa stratégie européenne à travers l’énergie, estime-t-elle. Au lieu de chercher à prouver qu’elle est européenne par un bon comportement en matière de droits de l’homme, elle est en train d’acquérir un rang qui la mettrait en position d’exiger. Cela se fait très habilement. »

Ankara semble même tenté de jouer le coup de poker : l’adhésion ou rien. Le 5 juin dernier lors de la conférence sur l’énergie organisée par la Commission européenne et le gouvernement turc à Istanbul, le ministre de l’Economie et négociateur en chef d’Ankara avec l’UE, Ali Babacan, réclamait l’ouverture « dans les plus brefs délais » du chapitre relatif à l’énergie dans les négociations d’adhésion. Hilmi Güler, le ministre turc de l’Energie, lui, refusait l’invitation d’adhérer à la Communauté européenne de l’énergie. Le calcul est simple. Si la Turquie signait ce traité, elle intégrerait l’acquis communautaire et offrirait donc à l’Europe toutes les garanties de sécurité pour le transit du gaz. Elle n’aurait alors plus aucun atout énergétique à faire jouer dans le processus d’adhésion. L’Union n’a cependant pas cédé au « chantage », l’énergie ne faisant pas partie des deux nouveaux chapitres ouverts à la fin juin dans les négociations d’adhésion.

L’enjeu est de taille. Un transit d’hydrocarbures garanti par la Turquie permettrait à l’Europe de réduire sa dépendance vis-à-vis des hydrocarbures russes qui, en 2005, ont fourni 25 % de la consommation européenne en gaz. La crise russo-ukrainienne de 2006 a illustré les risques de cette dépendance. D’autant plus que la consommation européenne en gaz devrait augmenter de 50 % d’ici à 2020, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Olli Rehn, le commissaire européen chargé de l’Elargissement, estime, lui, que d’ici à 10 ans de 10 à 15 % du gaz consommé en Europe pourrait être acheminé via la Turquie, géographiquement proche de pays possédant plus de 70 % des réserves d’hydrocarbures connues (pays d’Asie centrale, Iran, Irak). La mise en service de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) par un consortium américano-européen en 2006 est l’illustration parfaite de cette stratégie. L’UE soutient désormais le projet de gazoduc Nabucco, visant à fournir le marché européen en gaz naturel de la mer Caspienne et du Moyen-Orient en reliant directement les champs azéris à l’Autriche. A terme le gazoduc devrait être relié aux champs iraniens, voire irakiens.

Les atouts de la Russie

Reste que la Russie compte défendre sa place de premier fournisseur d’hydrocarbures de l’UE. Et Moscou dispose de sérieux atouts. D’une part, les Turcs dépendent eux aussi du gaz russe pour près de 60 % de leur consommation. La Turquie ne souhaite donc pas mettre en danger ses relations avec son potentiel « rival de transit » et doit jouer finement avec son principal fournisseur. D’autre part, le monopole semi-public russe Gazprom a multiplié les accords ces derniers mois pour renforcer son réseau en Europe. Le protocole signé fin juin avec la compagnie italienne ENI prévoit la construction en trois ans du gazoduc South Stream qui s’affiche clairement comme le concurrent de Nabucco. Gazprom a par ailleurs passé des accords avec les compagnies d’hydrocarbures autrichienne OMV et hongroise MOL qui ne font qu’accroître leur dépendance vis-à-vis du géant russe.

La Russie s’est également assurée d’un acheminement privilégié des hydrocarbures kazakhs et turkmènes en mai dernier en convenant d’un accord de construction d’un gazoduc le long du littoral caspien. Cette victoire diplomatique ne verrouillera cependant pas complètement ce marché d’approvisionnement aux Européens. Le Kazakhstan et le Turkménistan cherchent à s’émanciper des prix bas appliqués par les Russes. La contre-attaque russe pourrait bien mettre en péril la diversification énergétique européenne et l’atout géostratégique turc.

 

Source Les Echos

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