jump to navigation

L’or noir de Poutine inonde Genève août 19, 2007

Posted by starbucker in Pétrole.
trackback

Une discrète société de négoce pétrolier basée au bout du lac commercialise un quart du pétrole russe exporté. Un business de 30 milliards de dollars.

Gunvor International Limited, derrière ce nom aux consonances scandinaves se dissimule une société qui est en train de s’emparer du marché pétrolier russe et de déstabiliser le milieu du trading à Genève. Le siège principal deGunvorse trouve à Tortola, dans les îles Vierges britanniques, mais la société opère depuis la Cité de Calvin, où elle a ouvert une succursale en avril 2004. En trois ans, Gunvor est devenu un acteur incontournable parmi les nombreuses entreprises de négoce actives dans la commercialisation de produits pétroliers.

Les statistiques inédites compilées parRiverlake Shipping, une société genevoise de courtage maritime, révèlent sa folle croissance. L’étude, qui date d’octobre 2006, porte sur les cargaisons de brut qui transitent via les principaux ports de la mer Baltique. Entre 2004 et 2006, Gunvor a pris la place de numéro un, passant de 5,9 millions de tonnes à plus de 20 millions et en écartant du marché divers rivaux, dont des sociétés basées à Genève (voir tableau).

Au total, selon la brochure officielle de Gunvor réservée aux clients, on apprend qu’en 2006 plus de 60 millions de tonnes de brut et produits dérivés ont été vendus, soit environ un tiers de tout le pétrole russe exporté. Le chiffre d’affaires, lui, approche les 30 milliards de dollars. «Partie de rien, cette société a connu une progression monstrueuse pour devenir aujourd’hui le plus gros trader de brut venant de Russie», confirme un courtier genevois qui évalue à quelque 100 personnes le nombre d’employés de Gunvor. Un chiffre en croissance rapide, car les volumes en main de la société augmenteraient de jour en jour.

Selon les estimations avancées par plusieurs traders, Gunvor traiterait 1 million de barils de pétrole par jour. Un chiffre énorme. Un observateur note que la progression de cette société s’est emballée fin 2004 lorsque le gisement de Iouganskneftegaz – l’un des plus beaux joyaux de l’empire Ioukos, aujourd’hui dépecé – a été acheté aux enchères par le géantRosneft. Cette entreprise, contrôlée par le Kremlin, est actuellement le premier producteur russe de pétrole. Rosneft vend ses barils via des appels d’offres, mais il semble qu’en général ce soit Gunvor qui rachète la production. La société genevoise interviendrait donc comme une sorte de trader officieux de Rosneft. Gunvor, également partenaire de Gazprom Export, vient aussi de rafler, selon le journal Kommersant, un nouveau contrat de 10 milliards de dollars pour la commercialisation du brut deGazpromneft, un autre colosse russe.

L’homme aux commandes

A Genève, l’insolente fortune de Gunvor commence à faire grincer des dents. Surtout que la société a récemment débauché à prix d’or de nombreux spécialistes auprès de ses concurrents. Selon nos informations, des traders seniors payés entre 600 000 et 800 000 francs par an se sont vu proposer de multiplier par deux leur salaire! Conséquence: dans le monde du négoce pétrolier, d’habitude très discret, des langues se délient. Jean-Pierre Carles, responsable trading chezAddax, confirme avoir perdu plusieurs traders passés chez Gunvor. «Ce n’est jamais agréable quand de bons employés vous quittent, mais c’est un peu le jeu du marché», admet-il. D’autres acteurs sont moins philosophes. «Gunvor fait une surenchère exagérée sur les rémunérations de certains cadres, au risque de déstabiliser le secteur», s’emporte un directeur qui refuse d’être mentionné. Autre sujet d’irritation, la facilité avec laquelle Gunvor obtient du brut. «Alors que la plupart des traders doivent se battre quotidiennement pour obtenir des contrats, cette société semble être reliée directement à Moscou via un robinet qu’elle ouvre à loisir», observe un spécialiste.

Mais qui contrôle Gunvor? Au Registre du commerce, on découvre un directeur originaire des Pays-Bas, et des administrateurs suédois et luxembourgeois. Mais dans les milieux pétroliers genevois, la plupart des opérateurs savent que derrière cette face occidentale officielle se trouveGuennadi Timtchenko, un homme proche du pouvoir russe qui agit en sous-main en faveur de cette société. «Il est impossible d’opérer sur ce marché sans y être introduit par un partenaire de poids, et Gunvor est incroyablement bien connectée avec la Russie», affirme un trader.

Arrivé en Suisse en 2001, Guennadi Timtchenko s’est annoncé au service de la population de Genève avec la nationalité finlandaise, mais il est né en Arménie en 1952 et, selon nos informations, possède aussi des passeports russe et grec. Officiellement sans activité en Suisse, il bénéficie d’un forfait fiscal et des conseils avisés d’un ténor du barreau, MeDominique Warluzel. L’avocat genevois est d’ailleurs président et administrateur de Gunvor Services, société active dans les services et conseils en matière commerciale, financière et juridique pour le groupe. Passionné de tennis, Guennadi Timtchenko fréquente assidûment un club huppé de la rive gauche et s’est même fait construire un terrain de tennis souterrain dans sa luxueuse demeure de Cologny. Cette commune dorée du canton de Genève est très prisée des grandes fortunes suisses et étrangères. L’oligarque y possède une propriété de 10 274 m2, acquise en 2002 pour 18,4 millions de francs.

Un réseau complexe

Bien qu’il n’apparaisse pas au sein du conseil d’administration de Gunvor, l’homme superviserait les activités de la société. Selon les médias russes et différentes sources, Guennadi Timtchenko est un proche deVladimir Poutine. Il serait l’un de ses hommes de confiance, un discret conseiller de l’ombre. Contacté en 2003 peu après son installation à Genève, Guennadi Timtchenko admettait très aimablement avoir «autrefois» bien connu le président russe, mais précisait être désormais «pratiquement à la retraite». Depuis, dans les médias, c’est le silence total. Avec sa femme Elena, Guennadi Timtchenko détient aussi des participations dans un réseau complexe de sociétés basées au Luxembourg comme Sogeco Participations, Maples SA ou Carring Finance qui est contrôlée par une société dont le siège se situe à Tortola. Décidément, les îles Vierges britanniques plaisent à cet homme venu du froid.

Source Bilan

Publicités

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :