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Quand la Russie montre les dents août 14, 2007

Posted by starbucker in Energie, Géopolitique, Russie.
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Plus un jour ne passe sans que la Russie fasse valoir sa puissance. Pour imposer le respect et réparer les humiliations des années Eltsine, jusqu’où Vladimir Poutine est-il prêt à aller?

«Il y a dix ans, un tel événement aurait été impossible.» Professeur à l’Université de Wellesley, Marshall Goldman, qui a rencontré à plusieurs reprises Michael Gorbatchev, Boris Eltsine et plus récemment Vladimir Poutine, fait référence à l’expédition russe du début août. Des scientifiques envoyés par le Kremlin ont plongé à plus de 4000 mètres dans l’océan Arctique pour aller y planter un drapeau russe. La souveraineté sur ce site regorgeant d’hydrocarbures est disputée par les Etats-Unis, le Canada, le Danemark et la Norvège. D’un point de vue technologique, peu d’Etats peuvent se targuer de pouvoir accéder à telles profondeurs. La Russie montre un intérêt nouveau pour les explorations polaires, discipline qu’elle avait abandonnée depuis une vingtaine d’années. Le russologue américain résume l’épisode en une phrase: «Russia is back (La Russie est de retour).» En 1998, le règne du président Eltsine avait transformé l’ex-empire soviétique en un Etat carpette de l’Occident. Aujourd’hui, Moscou dispose des troisièmes réserves mondiales de devises étrangères après la Chine et le Japon. Cela force le respect.

Avec une confiance retrouvée après des années Eltsine difficiles, pas un jour ne passe sans que la Russie passe à l’offensive pour montrer qu’elle est redevenue un acteur incontournable. La semaine dernière, le jour même où l’antirusse Géorgie accusait Moscou d’avoir tiré un missile proche d’un village de cet Etat du Caucase, la marine russe procédait à un tir de missile balistique d’un sous-marin nucléaire basé dans l’océan Pacifique. Le Kremlin ne craignait visiblement pas les amalgames de la presse internationale. Le 8 août, des bombardiers russes effectuaient un passage aérien proche de la base américaine de Guam dans le Pacifique en guise de provocation. Ces offensives ont un but: on ne traite plus Moscou comme une puissance quelconque, mais comme un pays forçant le respect.

«A l’époque, Margaret Thatcher déclarait à la Conférence annuelle de Munich sur la sécurité, non sans condescendance, qu’elle pouvait faire des affaires avec Gorbatchev. En 2006, c’est Poutine qui affirmait que son pays pouvait faire des affaires avec le Texan George Bush», relève avec ironie Marshall Goldman. Vladimir Poutine a réagi avec virulence au projet de bouclier antimissile américain qui prévoit d’installer des bases en République tchèque et en Pologne. Il a menacé de déployer des missiles de croisière dans l’enclave de Kaliningrad et de les orienter vers l’Europe. Et annoncé dimanche qu’il envisageait à son tour de doter son pays d’un bouclier d’ici à 2015.

Cette démonstration de force produit ses effets. Les Américains sont désormais les premiers à vouloir faire de la Russie un partenaire. Dans une tribune publiée le 10 août dans l’International Herald Tribune, l’ex-secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger juge nécessaire de prendre en compte la proposition de Poutine, émise lors du sommet du G8 de Heiligendamm, d’installer les radars antimissiles en Azerbaïdjan plutôt que dans l’Est européen. «L’Amérique doit être plus sensible à la complexité russe, […] car de nombreux problèmes globaux peuvent être mieux résolus grâce à une coopération russo-américaine.» L’ex-bras droit de Richard Nixon pense même que relier les systèmes antimissiles américain, russe et de l’OTAN constituerait un pas «historique» permettant de faire face à la prolifération d’armes de destruction massive et au djihadisme. En réalité, ce serait aussi un moyen pour Washington de prévenir l’émergence d’un axe russo-chinois qui se développe au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai.

Comment expliquer ce retour de la Russie? Il y a surtout l’énergie. Moscou bénéficie pleinement du prix élevé du pétrole et du gaz dont le pays regorge. La croissance cumulée du pays au cours des sept dernières années s’élève à presque 50%, soit près de 7% par an. «Vladimir Poutine a agi en brillant joueur d’échecs, souligne Marshall Goldman. Il avait tout écrit au milieu des années 1990 lorsqu’il était encore à Saint-Pétersbourg, bien loin de la présidence qu’il occupe. Selon lui, pour redorer le blason de son pays, il fallait utiliser l’arme énergétique, créer des «champions» nationaux du type Gazprom. Quand il est devenu président, il a tenu ses promesses. Il a mis en place un capitalisme d’Etat, a chassé les cadres corrompus des entreprises publiques et privés.»

Cette stratégie pourrait toutefois être minée par des sous-investissements criants. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Russie pourrait manquer de gaz pour l’exportation et pour satisfaire la demande interne d’ici à 2010 déjà. Spécialiste des questions énergétiques à l’unité Russie/Nei de l’Institut français des relations internationales, Adrian Dellecker relève que l’Asie centrale pourrait encore servir à pallier cette pénurie: «Le Kazakhstan tente bien de maintenir une équidistance entre la Chine, les Etats-Unis et la Russie. Mais, de fait, la Russie contrôle encore les gazoducs. Les options d’exportation kazakhes demeurent très limitées.»

Selon le chercheur, si la Russie n’a pas la technologie de liquéfaction du gaz nécessaire pour exploiter les grands gisements de Sibérie, voire de l’Arctique, elle pourrait l’acheter: «Les Russes veulent y arriver seuls. C’est pourquoi ils veulent contrôler les investissements.» Moscou a ainsi éconduit Shell du gisement gazier de Sakhaline-2. Mais laissé Total participer à l’exploitation du gisement gazier de Chtokman…

Financièrement, la Russie est solide. Elle a remboursé de façon anticipée une dette de 15 milliards de dollars au Club de Paris. Quant à l’Union européenne, elle patine. Elle a montré un front commun au sommet russo-européen de Samara en mai dernier. Cela a surpris Poutine, mais le front s’est révélé fragile. Peu après, le président russe prenait son bâton de pèlerin pour aller négocier des accords bilatéraux avec l’Autriche, la Grèce, la Belgique ou encore l’Italie.

 

Source Le Temps

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