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Le Canada et les Etats-Unis contestent vertement les visées de la Russie sur le pôle Nord août 6, 2007

Posted by starbucker in Canada, Etats-Unis, Géopolitique, Russie.
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Les visées du Kremlin sur l’océan Arctique ont provoqué une vive réaction du Canada et des Etats-Unis. De sérieux intérêts économiques sont en jeu. La zone revendiquée serait riche en étain, or, nickel, manganèse, plomb, platine et, surtout, en pétrole.

A huit mois de l’élection présidentielle russe où le chauvinisme jouera certainement un rôle clef, il s’agit pour le Kremlin de faire valoir une opération présentée par les télévisions russes comme l’équivalent du premier pas américain sur la Lune afin de restaurer ou de réaffirmer le statut de grande puissance de la Russie.

Ce n’est pas encore la guerre froide dans l’océan Arctique, mais, en faisant ériger par un sous-marin de poche un drapeau russe, jeudi, par 4.200 mètres de fond à la verticale du pôle Nord, Moscou a suscité une réaction acerbe de Washington et d’Ottawa. Le Canada a estimé que cet événement, salué d’un martial « l’Arctique est à nous » par le député russe dirigeant l’expédition n’était que du « spectacle », relevant plus « du XVe siècle que du XXIe ». Et, vendredi, le porte-parole du département d’Etat américain, a estimé, acide, que le Kremlin pouvait « planter un drapeau en plastique ou couvrir le fond de l’océan avec un drap » où il voulait, cela n’avait « aucune signification, quant à d’éventuels droits ».

En effet, l’océan Arctique n’appartient à personne. La Convention internationale du droit de la mer de l’ONU de 1982 prévoit que la zone économique exclusive (ZEE) de tout Etat s’arrête à 350 kilomètres de ses côtes. Les huit riverains de l’océan Arctique (Etats-Unis, Canada, Russie, Islande, Norvège, Danemark via le Groenland, Suède, Finlande), ne peuvent donc exploiter librement qu’une partie des 14 millions de kilomètres carrés de l’océan Arctique. Toutefois, ils peuvent étendre sans limite leur ZEE s’ils apportent la preuve scientifique que le fond sous-marin revendiqué constitue l’extension géologique de leur plateau continental. C’est là que l’expédition russe prend tout son sens. Elle avait été annoncée en mai dernier par un Vladimir Poutine soulignant à cette occasion que son pays devait préserver ses droits « scientifiques, économiques, stratégiques et de sécurité » sur l’Arctique.

« Géologiquement russe »

Selon le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, « surpris » par les réactions américaine et canadienne, il s’agit de démontrer que la dorsale Lomonosov, une chaîne sous-marine de 2.000 kilomètres reliant l’île canadienne d’Ellesmere à la Sibérie, est « géologiquement russe ». Les Etats signataires de la convention de l’ONU disposent de dix ans à partir de leur ratification pour déposer un dossier complet de revendication. Or, la Russie a ratifié la convention fin 1997… La Russie avait déjà été déboutée en 2001, les scientifiques de l’ONU ayant alors estimé que la dorsale Lomonosov pouvait tout aussi bien être considérée comme une extension du Groenland ou du Canada. Lesquels revendiquent, eux aussi, une extension de leur ZEE et ont ratifié pour cela la convention, à l’inverse des Etats-Unis, qui craignaient, sous Reagan, qu’elle ne leur lie les mains, explique un analyste de géostratégie.

L’expédition de jeudi constitue donc un nouveau jalon de la préemption d’un triangle de 1,2 million de kilomètres carrés, grand comme la moitié de l’Europe et correspondant à environ le tiers des eaux internationales de la région. A huit mois d’une élection présidentielle où le chauvinisme jouera certainement un rôle clef, il s’agit pour le Kremlin de faire valoir une opération présentée par les télévisions russes comme l’équivalent du premier pas américain sur la Lune afin de restaurer ou de réaffirmer le statut de grande puissance de la Russie, illustré ainsi par le lancement récent du premier sous-marin nucléaire stratégique russe depuis 1987. De sérieux intérêts économiques sont aussi en jeu. La zone revendiquée serait riche en étain, or, nickel, manganèse, plomb, platine et, surtout, en pétrole, dont la Russie est le deuxième exportateur mondial.

Des réserves encore incertaines

La presse russe se faisait jeudi largement l’écho d’estimations selon lesquelles le quart des réserves mondiales se trouveraient dans l’Arctique, équivalentes à celle de l’Arabie saoudite. Toutefois, le propre des réserves à découvrir étant qu’elles ne sont pas encore découvertes et, faute de campagne de prospection d’envergure dans ces eaux inhospitalières, nul ne sait si le pétrole tapi au pôle est surabondant ou inexistant ! Les scientifiques russes semblent se fonder sur un rapport de l’US Geological Survey qui estimait, alors, que l’Arctique dans son ensemble pourrait détenir 10 millions de tonnes de pétrole (soit le quart seulement de celles de l’Arabie saoudite) et peut-être 18 % du pétrole que l’on peut espérer découvrir à moyen terme, compte tenu des techniques et des prix en vigueur actuellement. Le même organisme avait aussi estimé que la mer Caspienne représenterait un nouveau Koweït, avant que les réserves ne s’avèrent huit fois inférieures à ce qui était attendu… Et si le réchauffement climatique, illustré par le fait que la mer est parfois libre en été au pôle Nord, permet d’envisager une exploitation économique de l’océan Arctique, l’extraction de pétrole par 4.000 mètres de fond n’est pas pour tout de suite. Les forages offshore les plus profonds, quoique en net progrès sur les 300 mètres atteints dans les années 1980, ne dépassent pas 2.200 mètres.

Toujours est-il que l’expédition russe ne pourra que donner du grain à moudre à l’administration Bush, qui presse le Congrès de ratifier la convention de l’ONU afin de s’y faire entendre, ainsi qu’au gouvernement canadien, qui tient à pouvoir patrouiller en permanence dans l’océan Arctique. Actuellement, seuls les Russes possèdent des brise-glace capables de traverser une banquise de 10 mètres d’épaisseur. Ottawa a lancé récemment un programme de construction de 8 brise-glace nouvelle génération. Pour 7 milliards de dollars.

 

Source Les Echos

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