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Energie : les tentations de Nicolas Sarkozy août 3, 2007

Posted by starbucker in Energie, France.
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C’est un fait qu’on ne répétera jamais assez depuis l’arrivée à l’Elysée du sixième président de la Ve République : chaque jour, nous éloigne un peu plus de la période qui a précédé son élection !

La recomposition attendue du secteur énergétique illustre à sa manière la nouvelle marche des affaires publiques. Un mélange d’audace (ou de formidable culot ?) et de concessions à l’opinion publique dominante, de réalisme cru civilisé par le bon sens et, pour couronner le tout, une incompatibilité d’humeur avec les constructions théoriques élaborées à Bruxelles. Qu’une chose soit bien entendue : rien n’est encore décidé, mais « aucune option a priori n’a été écartée ». Cette expression convenue a un point faible : elle ne laisse pas paraître l’esprit de réappropriation nationale qui a mis en effervescence les équipes au travail dans l’entourage de Nicolas Sarkozy et dans les cabinets ministériels ces deux derniers mois. Reste à savoir vers quoi il va s’orienter.

Un jour, le Premier ministre qualifiait de « pertinent » le projet lancé par Dominique de Villepin en janvier 2006 (mais sur lequel planchaient depuis au moins deux ans les états-majors des deux sociétés intéressées) : la fusion entre le groupe Suez et Gaz de France. Le lendemain, François Fillon évoquait l’hypothèse d’un rapprochement entre EDF et Gaz de France. Cette idée figurait au programme du Parti socialiste. François Bayrou s’en réclamait aussi. En termes elliptiques, le candidat Sarkozy y avait fait lui-même allusion !

Plusieurs motivations animent les réflexions du nouveau pouvoir en France. La première revient à confirmer un statu quo franchement incompatible avec une approche purement européenne et capitaliste du problème ! Au nom de la conservation du pouvoir d’achat, Nicolas Sarkozy voudrait garder un certain contrôle sur les prix de l’électricité et du gaz. Un alignement pur et simple sur le prix du marché se traduirait par une majoration moyenne des prix de 20 %. Le gouvernement précédent a déjà procédé à un retour partiel à la tarification autoritaire pour s’opposer au mouvement. Sarkozy aimerait à son tour qu’entreprises et ménages français profitent du bas coût de revient du courant produit par les centrales nucléaires.

Nicolas Sarkozy qualifie le projet de traité simplifié d’« ambitieux ». C’est dire qu’il reprend certains des points jugés les plus importants de la Constitution rejetée. Exemple : l’extension du domaine couvert par les décisions prises à la majorité qualifiée. Or le souci de continuer à disposer de certaines manettes d’une politique dirigiste appellerait plutôt un parti inverse : garder une faculté de veto aussi étendue que possible ! Pour sortir de la contradiction, la tentation est grande d’afficher une superambition pour l’espace national en renvoyant à une seconde étape son articulation sur l’arbre européen. La manoeuvre est-elle crédible ? Totalement impossible d’évaluer de façon réaliste le potentiel de l’éventuel instrument d’exécution. Les experts se réfugient dans l’emphase verbale. Ils qualifient, selon le cas, le regroupement préconisé de TGF (très grand fournisseur) ou de TGN (très grand nucléaire). L’idéal serait d’en faire aussi un TGG – un très grand gazier. Gaz de France possède un beau réseau de transport, mais, en amont, peu de gisements de gaz. En attendant d’y parvenir, on est en train (et c’est plus concret), pour recevoir les méthaniers remplis de gaz naturel liquéfié (GNL) algérien ou canadien, de construire un second terminal à Fos et d’agrandir celui de Montoir, près de Nantes.

« Last but not least », le programme présidentiel comprend l’ouverture d’une difficile négociation sur la réforme des régimes spéciaux de retraites pour les agents de l’EDF, de Gaz de France, de la SNCF, etc. Pourquoi ne pas avoir attendu pour mettre en chantier le très épineux dossier de l’énergie ? Jusqu’à ce jour, il était placé sous le signe de la privatisation accélérée de Gaz de France, voire d’EDF, plutôt que sous celui de la consolidation de leur qualité d’entreprises appartenant à l’Etat. Un échange de bons procédés serait-il à l’ordre du jour, sur le mode du marché politique dont parlent les politologue ? La CGT, satisfaite de voir disparaître le spectre de la privatisation, ne bloquerait pas la réforme.

La peur de voir Gaz de France échapper à tout contrôle de l’Etat expliquerait pourquoi le projet de fusion Suez- Gaz de France a été mis en veilleuse. Villepin avait pourtant préparé (pour son successeur, quel qu’il soit) le terrain pour une solution européenne (transfrontière) et capitaliste. Il avait fait voter une nouvelle loi autorisant à abaisser la participation de l’Etat au-dessous de la limite de 70 % fixée par la loi Sarkozy de l’été 2004. Mais le décret d’application n’a pas été publié.

Au fond, l’opération ne serait acceptable par le pouvoir politique en place à Paris qu’à une condition : que le schéma en soit inversé. Autrement dit, que Gaz de France, aidé par un puissant allié (EDF ?), soit financièrement en position de conduire l’OPA sur Suez ! A tout le moins, que GDF soit en mesure de lui racheter ce fleuron convoité : la société belge Electrabel qui possède des centrales nucléaires (le rêve de tout gazier !) et un beau réseau de transport à travers l’espace du Benelux. De cette solution, Suez ne veut pas. Tel est en particulier le cas de son actionnaire de référence (il l’est aussi pour d’autres sociétés du CAC 40) : Albert Frère.

Le baron belge est en train de consolider ses positions en Espagne désormais au centre des grandes et petites manoeuvres européennes. La société « basque » Iberdrola (où sa participation est de 11 % qu’il cherche à porter à 20 %) vient d’absorber Scottish Power. L’ensemble hispano-britannique, s’il venait à s’adjoindre Electrabel, composerait, en ordre d’importance, le troisième groupe européen et sans doute le plus rentable. Las d’attendre l’Arlésienne, Gérard Mestrallet se rapproche un peu plus du « catalan » Gas Natural (une fusion avec Repsol est possible). Gas natural possède un portefeuille de contrats d’approvisionnement de gaz plus important que celui de Gaz de France.E.ON essaye de se rapprocher d’ Union Fenosa, en guise de consolation après sa déconvenue avec Endesa. Le patriotisme économique de José-Luis Zapatero avait joué à plein pour écarter l’allemand.

On se trouve là en présence d’un capitalisme nominatif et européen, avec qui une négociation est toujours possible. Ce que ne pourrait pas faire un géant ficelé (nationalisé) du genre de celui dont rêve tel ou tel conseiller planificateur de l’Elysée.

 

Source Les Echos

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