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La crise de 1973 ou la fin du pétrole bon marché, acte 1 juillet 26, 2007

Posted by starbucker in Opep, Pétrole.
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Au jeu des différences entre le premier choc pétrolier et celui en cours, la durée pourrait s’avérer la plus importante.

Anne Gaudard

Cinq millions de barils par jour. La baisse brutale de la production des pays exportateurs de pétrole en 1973 équivaut à une fois et demie les capacités excédentaires de production dont disposent aujourd’hui les pays de l’OPEP pour réagir à la demande. Dès les premières répliques de cet acte III du scénario « La fin du pétrole bon marché », la référence à l’acte I, au premier choc pétrolier, était incontournable. On a reparlé de chasse au gaspi et de dimanches sans voitures. On a ré-évoqué le retour du nucléaire et le nécessaire soutien aux énergies renouvelables. Sont réapparus les termes de « peak oil » et de pétrodollars. On a remontré du doigt l’OPEP et les Etats-Unis. Deux différences fondamentales ont cependant été d’emblée avancées. La durée et les causes. Dans une société dont l’intensité énergétique a malgré tout diminué. « Au niveau global, on est passé de 560 litres d’équivalent pétrole par 730 € (730 € (1000 dollars)) de PIB en 1971 à 380 litres en 2002 (1150 litres pour la Chine, mais seulement 180 litres pour l’Europe). En 2020, la moyenne mondiale devrait descendre sous la barre des 300 litres », comme le précisait récemment dans un article le responsable de Cyclope, le professeur Philippe Chalmin.

Un choc qui s’étale depuis 2002

La durée. « Si le choc actuel a été ressenti comme moins brutal c’est principalement parce qu’il s’est étalé sur une période de temps plus longue (…) que les 10 mois de 1979 -1980 et les 9 mois de 1973 », rappelle Philippe Sébille-Lopez dans « Géopolitique du pétrole » (Armand Colin, 2006). Par ailleurs, ajoute-t-il, la progression actuelle est ponctuée de pauses « favorisant un éphémère retour à la confiance ». Favorisant aussi l’accoutumance. Diminuant ainsi son impact, qui plus est en période de croissance économique, de globalisation, de maîtrise de l’inflation ou encore de flexibilisation des salaires. Pas de stagflation donc, comme ce fut le cas en 1974. Et pourtant: « le prix du baril de WTI en termes réels, c’est-à-dire actualisés par l’inflation, a pris 160% lors du premier choc pétrolier de 1973. Les cours du brut ont un peu plus que doublé (+108%) lors du second choc pétrolier de 1980. Et depuis le début de 2002, ils ont déjà triplé (+196%) ».

Les causes ensuite. « Il s’agit cette fois d’un choc de la demande de pétrole brut et aussi, surtout, de produits raffinés et non plus d’un choc dû à l’offre », résume Philippe Sébille-Lopez. Ceci dit, la crise de 73 contient aussi des éléments de demande tant l’intensité pétrolière des Trente Glorieuses était devenue insoutenable. Comme la hausse actuelle des prix contient un effet offre causé par les manques d’investissement, d’accessibilité, l’insécurité, etc. Le changement de niveau des prix pétroliers après 1973, rappelle Pierre-René Bauquis dans « Comprendre l’avenir. Pétrole et gaz naturel  » (Hirlé 2004), « a contribué au ralentissement de la croissance économique mondiale et a permis de rééquilibrer le système pétrolier mondial en réduisant fortement la croissance des consommations pétrolières (6% à 7% par an de 1950 à 1973 à 1% à 2% entre 1973 et 2003.) »

Aujourd’hui, la demande s’est déplacée vers les pays en développement – notamment en Asie. Des pays dont la croissance est encore énergivore, au contraire des pays de l’OCDE dont la consommation – déjà élevée – stagne, voire régresse. Ainsi, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la demande dans les pays non-OCDE devrait afficher une croissance annuelle de 3,6% d’ici 2012 et 43,7 millions de barils par jour. Soit 46% de la demande mondiale estimée à 95,8 mbj (+2,2%), contre 42% aujourd’hui. Or, relevait récemment le chercheur de Cambridge Pierre Noël (lire L’Agefi du 16 juillet), « l’OPEP ne saisit pas à sa juste valeur le lien entre la hausse globale de la demande en pétrole et la baisse dans les pays de l’OCDE. Ses membres devraient se montrer plus attentifs aux implications de cette période de prix élevés. » Quel niveau de prix fera donc trébucher la demande cette fois-ci? Selon l’AIE, « la part croissante des transports l’a rendue moins élastique aux prix, un phénomène qui durera tant que les substituts aux essences, kérosènes et autres diesels seront limités et ce malgré la croissance des biocarburants ».

Retour à la durée. Y aura-t-il un 1986 bis (2015?) ou le pétrole est-il appelé à rester cher? Les regards se tournent vers la deuxième solution. L’AIE évoque une année 2012 encore plus tendue que 2006. Sauf bien sûr crise économique mondiale ou changement fondamental de paradigmes de politique énergétique. Reste qu’un retour « ante », comme celui qui s’est peu ou prou produit après le contre-choc pétrolier et qui a empêché une plus grande désaccoutumance aux hydrocarbures, rencontre aujourd’hui un obstacle de taille: la notion de réchauffement climatique.

 

Source L’Agéfi Suisse

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